La rentrée s’amorce à peine que vous les entendez déjà : les plaintes de vos élèves, leurs soupirs, leurs sempiternelles protestations quant à l’inutilité supposée d’apprendre le néerlandais. Il y a tout d’abord le sceptique : « Franchement, je ne crois pas qu’un jour j’aurai besoin du néerlandais. Le fataliste ensuite : « On ne parle cette langue nulle part de toute façon. Le baroudeur encore : « Avec l’anglais, au moins, on peut voyager partout dans le monde ; autant miser sur une langue internationale. Le terre à terre enfin : « Pourquoi se donner tant de mal alors que la plupart des Flamands maîtrisent déjà les rudiments de la langue de Molière ? » Amai…  Chère enseignantes, cher enseignant, nous vous proposons en cette rentrée quelques arguments infaillibles pour convaincre les plus réticents de l’utilité du néerlandais et de son apprentissage. La preuve par quatre !

Argument n°1 : parce que c’est bon pour votre cerveau…

Certes, cet argument risque de ne pas faire mouche auprès de tous vos élèves et pourtant… apprendre une ou plusieurs langue(s) étrangère(s) permet de développer la plasticité du cerveau : de par les diverses zones que l’apprentissage d’une langue étrangère stimule, nos cellules grises gagnent en flexibilité. C’est encore notre capacité de concentration et de mémorisation qui s’en trouve grandie. L’apprentissage du néerlandais s’avère donc – au même titre que l’apprentissage de toute autre langue étrangère – incontestablement bénéfique au développement cérébral. Cette gymnastique mentale est par ailleurs transposable à l’apprentissage d’autres langues. C’est la raison pour laquelle plus on connaît de langues, plus il devient facile d’en apprendre. Un cercle vertueux et des atouts essentiels dont chaque élève peut bénéficier, et ce quelle que soit l’orientation académique ou professionnelle choisie par la suite. D’aucuns vont même jusqu’à affirmer qu’être polyglotte permet de lutter contre certaines maladies cérébrales, notamment Alzheimer. Alors, faites une fleur à votre cerveau : apprenez le néerlandais !

Argument n°2 : parce que le néerlandais ouvre des portes…

Il faut bien le reconnaître : le néerlandais sent moins le sable chaud que l’espagnol (même si les plages ostendaises ne sont pas dénuées d’un certain charme). Pourtant, sa maîtrise s’avère ô combien pertinente et porteuse de débouchés pour le futur diplômé. À l’exception des rares expatriés faisant carrière à l’étranger, la plupart des étudiants belges choisissent leur mère patrie pour se lancer dans la vie active : une part non négligeable, en région bruxelloise, où l’intérêt du néerlandais n’est plus à démontrer.

Quant aux autres restés en Wallonie, il y a fort à parier qu’ils seront amenés à collaborer avec des collègues, chefs, fournisseurs ou clients néerlandophones. De wereld is klein, hé, vooral in België ! Pour ceux tentés enfin par un emploi dans le secteur public, la maîtrise de la deuxième langue nationale va souvent de pair avec une prime financière. Nul doute : le bilinguisme, ça paie !

 

 

Et pour les amateurs d’exotisme auxquels le plat pays donne un goût de trop peu, ajoutons enfin que le néerlandais est tout de même parlé par 23 millions de personnes dans le monde (et pas seulement en Flandre et aux Pays-Bas). Il s’agit en effet de l’une des langues officielles d’Aruba, de Curaçao, de Saint-Martin ou encore du Suriname. À bon entendeur…

Argument n°3 : parce que l’ouverture à l’autre va dans les deux sens

 

Refuser d’apprendre le néerlandais, c’est se couper délibérément d’une bonne moitié de ses compatriotes et de leur culture. Pire, c’est creuser un fossé entre deux peuples d’une même nation et apporter ainsi de l’eau au moulin des nationalistes.

Comme l’exprime très justement Philippe Van Parijs (UCL) : « Se donner la peine d’apprendre la langue du voisin ‒ plutôt que de trouver naturel que lui apprenne la nôtre, ô combien supérieure ‒ n’a rien d’un passe-temps minable ou futile : c’est un effort qui honore et enrichit celui qui le consent, et une condition cruciale pour améliorer la compréhension, instaurer la confiance et exprimer le respect. »[1]

Tout en s’ouvrant à l’Autre, l’élève développe également une compétence de plus en plus prisée dans un monde globalisé : la compétence culturelle, et partant la tolérance. Le contact avec d’autres langues implique de sortir de sa zone de confort et de se frotter à d’autres modes de pensée. En bref : de voir le monde avec d’autres lunettes. 

Ce qu’affirment encore les chercheurs Hanh Thi Nguyen et Guy Kellogg en ces termes : « L’apprentissage d’une nouvelle langue implique non seulement l’acquisition d’éléments linguistiques, mais aussi l’intégration de nouvelles façons de penser et de nouveaux comportements. »[2]

 

Argument n°4 : parce qu’au fond, ce n’est pas la mer à boire

Quoi qu’on en dise, les supposées difficultés du néerlandais ne sont pas aussi grandes qu’on voudrait parfois le croire. Langue germanique, le néerlandais partage de nombreuses ressemblances avec l’anglais, ne fût-ce que d’un point de vue lexical. L’élève francophone élargit ainsi plus facilement son vocabulaire s’il possède déjà des bases en anglais (et vice versa).

Exemples à l’appui :

AnglaisNéerlandais
WorkWerk
To sing Zingen
Book Boek
Lung Long

 

 S’il appartient aux langues germaniques, le néerlandais s’avère également fortement imprégné du français (les fans de « Sois belge et tais-toi » le confirmeront).

Toutefois, contrairement au français, à son Académie et sa ribambelle de réformes obscures, le néerlandais se veut extrêmement perméable aux autres langues. Et si malgré tout, les rejets, inversions, verbes de position et autres constructions en « er » donnent de l’urticaire à vos élèves, rappelez-leur la chance qu’ils ont d’être contrairement à leurs voisins du Nord épargnés par l’apprentissage de notre conjugaison (songez par exemple au présent de l’indicatif en français), de l’orthographe, du genre des noms… Au regard de la complexité de notre langue maternelle, les difficultés du néerlandais seront vite relativisées et bientôt vos élèves n’auront qu’une envie : faire taire les mauvaises langues affirmant que nous sommes intellectuellement incapables d’apprendre le néerlandais.

Prêt(e) à dégainer ?

On le voit, connaître la deuxième langue nationale comprend de nombreux atouts, et ce à plus d’un égard : 

  • intellectuel tout d’abord en contribuant à développer la plasticité du cerveau ;
  • professionnel ensuite en ouvrant de nombreuses portes et collaborations sur le marché de l’emploi belge ;
  • culturel également en jetant des ponts entre les habitants des deux régions et en développant de nouvelles façons de penser le monde ;
  • sans oublier enfin la fierté de prouver qu’on en est capables !

Ces avantages peuvent bénéficier à tous vos élèves – qu’ils aient ou non l’intention de poursuivre dans une filière littéraire par la suite – et constituent autant d’arguments qu’on vous invite à dégainer pour dézinguer l’incrédulité ! Bonne rentrée !

  

Sources

[1] http://www.amisduneerlandais.org/pourquoi-apprendre-le-n%C3%A9erlandais-est-il-aussi-important-et-si-on-s-inspirait-de-l-exemple-alsacien

 [2] A. Thompson, Pourquoi il est très important d’apprendre des langues étrangères, https://www.lepoint.fr/societe/pourquoi-il-est-tres-important-d-apprendre-des-langues-etrangeres-22-01-2017-2099233_23.php (22/01/2017)

 [3] http://www.amisduneerlandais.org/six-bonnes-raisons-d-apprendre-le-neerlandais

 [4] https://positivr.fr/apprentissage-des-langues-atout-stimuler-cerveau/

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